Illustration de l’épisode : La violence dans les jeux vidéo

40 ANS DE MANETTE · Épisode 3

La violence dans les jeux vidéo

· 11 min 15 s

Des souvenirs de Mortal Kombat aux jeux d’aujourd’hui : dépasser les clichés et accompagner nos enfants.

Dans cet épisode

Les jeux vidéo rendent-ils violents ?

C’est une accusation qu’on entend depuis des décennies. Avant eux, il y avait le rock, le cinéma ou les jeux de rôle. Mais est-ce vraiment aussi simple ?

Dans cet épisode de 40 ans de manette 40 ans de manette, je m’interroge sur la place de la violence dans les jeux vidéo : son évolution, ses différentes formes… et surtout la manière dont nous accompagnons nos enfants face à des œuvres qu’ils ne sont pas toujours prêts à comprendre seuls.

Entre souvenirs de Mortal Kombat, réflexion sur les jeux modernes et regard de parent, un épisode pour dépasser les clichés.

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Crédits audio :

https://sound-effects.bbcrewind.co.uk/search?q=07044043

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Transcription de l’épisode

Texte fourni avec le flux officiel du podcast. Il peut contenir des erreurs de transcription.

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Est-ce que vous avez remarqué ? Quand il y a un problème de violence, ce sont rarement l'éducation, le manque de cadres ou une instabilité émotionnelle qui sont mis en avant.

C'est très souvent la faute des jeux vidéo, alors avant, il y a eu le rock, le cinéma ou encore les jeux de rôle.

C'est quand même plus facile de désigner un coupable tout trouvé plutôt que de remettre en question des éléments directement liés à l'organisation de notre société.

Mais soyons honnêtes, concernant la violence dans les jeux vidéo, il y a quand même un vrai sujet.

Je joue aux jeux vidéo depuis plus de 40 ans.

Aujourd'hui, je suis à la fois joueur et parent.

J'ai grandi avec une manette entre les mains et je vois mon fils grandir avec les jeux actuels.

Dans 40 ans de manette, je partage mes réflexions de joueur devenu papa.

Pas pour juger, pas pour dire que c'était mieux avant, mais pour comprendre, transmettre et partager.

Ah, je me souviens encore de mon premier arrachage de colonne vertébrale.

C'était avec Sub-Zéro dans Mortal Kombat, le premier.

Mais honnêtement, c'était pas tant pour le résultat à l'écran que le fait d'avoir enfin réussi à sortir la combinaison de touches de cette fatality.

Ça me paraissait tellement compliqué, mais je m'éloigne déjà du sujet.

Pourquoi est-ce que le premier souvenir qui me vient à l'esprit lorsque l'on parle de violence dans les jeux vidéo est Mortal Kombat ? Je pense que c'est tout simplement parce qu'à l'époque, la sortie de ce jeu avait vraiment fait sensation.

On en entendait parler partout.

D'ailleurs, il fait partie des titres à avoir amené à une classification par âge des jeux vidéo.

Et puis c'est aussi probablement parce que j'avais l'âge de mon souvenir et de prendre la mesure de ce qui se passait.

Pourtant, ce n'était pas le premier à être dans la violence.

On se rappellera de Barbarian par exemple, qui permettait déjà en 1987 de décapiter ses adversaires, ou encore de Death Race en 1976, j'étais même pas encore né, dans

lequel il fallait tout simplement écraser des piétons, et qui a probablement un petit peu inspiré Carmageddon par la suite.

Mais ce qui avait très certainement encore plus choqué avec Mortal Kombat, c'était le côté réaliste.

Alors attention, je m'entends.

On parle de bouillie de pixels qui gigotait à l'écran, mais de bouillie de pixels qui commençait à ressembler à quelque chose.

Après, honnêtement, il y avait un côté outrancier tellement évident qu'il n'était à aucun moment possible de prendre au sérieux ce qu'on avait sous les yeux.

Et donc, ce n'était peut-être pas si grave que les gosses que l'on était assistent à tout cela.

Mais aujourd'hui, j'ai comme un peu la sensation que les choses ont changé.

Lorsque l'on regarde les jeux actuels, la violence a évolué, elle est plus réaliste, elle est plus sale, et elle est souvent plus sombre.

Et elle n'est surtout plus uniquement visuelle.

Deux exemples, ce ne sont effectivement pas les plus récents, mais ce sont ceux qui me sont venus à l'esprit.

Loin de moi l'idée de tirer sur GTA, qui est une série de jeux véritablement réussie, mais ça reste un titre qui parlera à la majorité.

On y retrouve une violence générale qui peut perturber.

Et encore une fois, je ne mets pas l'accent sur la violence visuelle.

C'est plutôt qu'on y trouve des sujets auxquels on n'est pas suffisamment construit à 12 ans, par exemple, pour être en capacité de prendre du recul et de comprendre que c'est

mal.

Les relations humaines et sociales sont bien plus violentes que l'aspect visuel.

Je pense aussi notamment à une mission très connue de Modern Warfare 2, une scène où le joueur

est placé dans une situation très inconfortable.

Dans le rôle d'un agent infiltré, nous faisons partie d'un groupe terroriste qui doit éliminer tous les civils dans un aéroport.

Cette mission ne cherche pas à divertir.

Un gamin n'est pas non plus en capacité de comprendre ce qu'il y a derrière ça.

Mon propos n'est pas que la violence dans les jeux vidéo est mal, pas du tout.

Parfois elle peut être fun, dans l'exagération, parfois elle est là plutôt pour impressionner.

Et d'autres fois pour mettre mal à l'aise, faire ressentir, questionner, déranger.

Et ça, c'est intéressant.

Ce que cela met en avant surtout, c'est que toutes les violences ne se valent pas en termes de ce qu'elles demandent et de ce qu'elles vont provoquer chez le joueur.

Mais ceci, à condition que ce dernier soit en capacité de comprendre cette intention.

Ce que je veux dire, c'est que les jeux vidéo, tout comme les animés par exemple, sont vus par les non-connaisseurs comme des activités pour les enfants.

Or, vous le savez comme moi, cela fait bien longtemps que ce n'est plus le cas, en admettant que ça l'ait été un jour.

Et je pense que c'est cette difficulté à intégrer cela qui pose problème.

Vous avez sûrement déjà assisté à l'achat d'un jeu inadapté par un grand-parent ou un parent pour leurs enfants, simplement parce que c'est un jeu vidéo, c'est bon.

Sauf que non, ce n'est pas bon, c'est cette image qui doit changer.

À chaque public, ses jeux.

Quand on ne connaît pas, on se doit de suivre les recommandations.

Elles sont globalement bien faites, alors on n'est pas forcément toujours d'accord.

Mais dans l'ensemble, on peut les comprendre.

Je vais tenter de préciser un peu mes pensées.

Est-ce que j'interdis à mon fils tous les jeux qui ne sont pas,

d'après les classements, de son âge ? Non.

Mais ça, c'est parce que je le connais.

Et que donc, je sais ce qu'il peut encaisser et ce qu'il ne peut pas encore comprendre.

Même si parfois il est convaincu que si, sauf que non.

Et si je ne connais pas le jeu, alors je vais me renseigner,

voire le tester pour juger.

Mais ça, c'est parce que je suis un joueur.

Et c'est là que je vais insister.

Les parents, généralement, connaissent à peu près leurs gosses.

Donc s'ils connaissent aussi ce à quoi ils veulent accéder, pas de souci.

Ils peuvent, ils sont en capacité de juger.

Mais s'ils ne connaissent pas le domaine, le sujet,

on ne peut que leur conseiller de s'en tenir aux recommandations.

Un jour, un papa qui passait à la maison me demande.

« Je vois que vous avez l'air d'être joueurs dans la famille.

Est-ce que tu crois que je peux laisser mon fils jouer à Clair Obscur ?

J'ai vu des images, ça n'a pas l'air affreux. »

C'est vrai que visuellement, ce n'est pas forcément choquant.

Mais le sujet du jeu, lui, peut l'être autrement.

Est-ce que le gamin est à l'aise avec la mort, la perte d'êtres chers ?

Quelles sont ses connaissances concernant les relations entre adultes ?

Comment est-ce qu'il gère ses émotions ?

Je n'ai pas su conseiller le père.

Je ne connais pas assez son fils.

Dans le doute, je lui ai dit que s'il était PEGI 18,

ce n'était pas forcément pour rien.

Même si, à titre personnel, je le trouve un peu fort pour le coup.

Mais c'est un autre débat.

Un autre exemple, The Last of Us.

Franchement, c'est assez cracra.

Mais je connais mon gamin.

Cette violence, sous cette forme, ça passe.

En tout cas sur PS3.

Et je dis bien sous cette forme.

Pour d'autres formes de violence, même bien moins gores,

ce ne serait pas forcément le cas.

Par contre, c'est un jeu auquel il ne joue pas seul.

Il y a toujours au moins un parent avec lui.

Parce que le jeu aborde des sujets sur lesquels il peut être intéressant d'échanger,

soit pendant la partie, soit plus tard, mais qui méritent, nécessitent un échange.

Ce que je veux dire, c'est que certains jeux,

tout comme les films, ont besoin d'un accompagnement.

Et en plus, c'est un moment de partage en famille.

Donc ça, c'est cool.

Certains pourront m'opposer que, de toute façon,

ce que tu ne laisses pas faire, ils le feront avec leurs potes.

Alors oui, ils joueront peut-être en cachette.

Mais ce n'est pas la même chose.

Quand c'est interdit, ils savent que ça l'est.

Alors que quand c'est autorisé, ça devient normal.

Le cerveau ne va pas intégrer les choses de la même manière.

Ce que je mets un temps fou à essayer de faire passer,

c'est qu'il ne faut pas oublier que les jeux sont un medium comme un autre.

On doit apprendre à le consommer, à faire la part des choses.

Et apprendre, c'est souvent bien plus facile quand on est un peu guidé.

Même si on est bien d'accord qu'au moment de l'adolescence,

ce n'est pas forcément facile à faire comprendre à nos petites têtes de mule.

Bon, je vais essayer de conclure.

C'est rassurant de dire que les jeux vidéo rendent violents.

Ça évite de se poser les vraies questions, de se remettre en question.

Ça déculpabilise.

Mais la réalité, c'est que le problème, ce ne sont peut-être pas les jeux vidéo.

Le problème, c'est de laisser nos enfants seuls face à des choses qu'ils ne comprennent pas encore, qu'ils ne sont pas encore câblés pour comprendre.

Parce que jouer, ce n'est pas juste appuyer sur des boutons.

C'est s'investir, c'est ressentir, c'est comprendre,

c'est se construire.

Et ça, ça s'accompagne.

Et je vous le rappelle, on a un peu signé pour ça quand on a fait un gosse.

Sinon, un Tamagotchi, ça allait bien.

Et puis, ça fait des moments à partager.

Alors franchement, pourquoi s'en passer ?

Si cet épisode vous a parlé, dites-moi ce que vous en pensez.

Et si vous pensez à quelqu'un en l'écoutant, partagez-lui.

Parce que le jeu vidéo, ça se comprend encore mieux à plusieurs.

Ah, et puis le grand classique, mais ça va mieux en le disant.

N'hésitez pas à vous abonner, à laisser une bonne note,

à partager avec des personnes qui pourraient être intéressées.

Et on se retrouve d'ici un mois.

On continue la discussion ?

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